Projet Ella Maillart

Creux-de-Genthod

En 2004, je découvris le Petit Musée dédié à Ella Maillart dans le Valais (CH) à Chandolin. L’intensité, la bienveillance et la profondeur de son regard me subjugua. J’étais comme hypnotisée par les photos exposées. J’aurai rêvé la rencontrer, malheureusement elle était décédée en 1997. Alors je me plongeai dans ses écrits et ses images, lisant les uns après les autres tous ses livres, étudiant ses photos. Destin improbable d’une femme indépendante et passionnée, photographe, écrivaine, aventurière, exploratrice, marin, sportive de haut niveau, née à l’aube du XX° siècle. Au regard de ses exploits sportifs et de ses voyages je fus interpellée par sa fragilité et ses questionnements personnels qui étaient siens durant sa jeunesse et me renvoyaient étrangement, à plus d’un demi-siècle d’intervalle, face à mon malaise d’adolescente et à mes propres questionnements relatifs à ma place et à mon utilité dans notre monde.

En juin 2019, cherchant un appareil photo tout autre pour ma collection, je tombais par hasard dans une vente aux enchères sur son Leica M4. Ma joie fut immense de l’acquérir et ainsi de rencontrer Bernard et Anneliese qui furent parmi ses plus proches amis et qui l’accompagnèrent le dernier tiers de sa vie.

Cette acquisition, ma passion pour la photo et mon admiration pour Ella me donnèrent envie d’entamer un projet photographique… Sorte de cadeau pour les 120 ans de sa naissance en 2023. Envie de découvrir ce qu’était devenu le Kirghizstan qu’elle avait traversé il y a presque un siècle.

© Bernard Muller (avec son aimable autorisation)

L’idée était d’utiliser SON appareil pour la réalisation de mon projet. Malheureusement je me le suis fait voler peu de temps après son acquisition. Sans ma fille Mélanie, Anneliese et Bernard et un passage de Bribes et Sagesses d’Ella Maillart, j’aurai tout abandonné tellement grande était ma tristesse.

Anneliese et Bernard me proposèrent de me prêter le dernier appareil d’Ella un Leica CL de 1972. Et Mélanie m’écrivit ceci : «Tu n’as pas à être furieuse contre toi, c’est comme ça, tu ne pouvais pas prévoir un truc comme ça.
Mais promets-moi de ne pas lâcher pour autant ton projet pour Ella Maillart… C’est une superbe idée et il n’y a pas de raison que tu ne puisses pas le faire avec un autre appareil, peut-être qu’au fond c’est elle qui est venue récupérer son appareil pour te dire « débrouille-toi avec le tien » ? »

Et ces mots d’Ella m’interpellèrent : «L’enseignement veut que l’on soit toujours frappé dans son attachement le plus fort, car ce lien étroit et aveugle entrave notre marche vers l’infini.»

Comment pouvais-je ensuite encore hésiter à poursuivre ?

Pour plus d’informations sur Ella Maillart : http://ellamaillart.ch

Après un report de mon voyage du fait de la pandémie de coronavirus, voici le nouveau tracé de mon séjour en septembre 2020 :

Pourquoi ai-je décidé de ne partir qu’avec des boitiers argentiques ?

Pour essayer de renoncer au diktat de l’immédiateté et d’échapper à l’obligation autoproclamée d’une transmission instantanée de nos images !  Pouvoir vivre pleinement le moment présent et garder au creux de soi ces instants d’éternité, plutôt que de passer des soirées entières à résoudre les problèmes techniques liés à l’editing … !!!!

Comment prétendre aller à la rencontre de l’essentiel en partant encombré de superflus.

J’ai également décidé de renoncer à partir avec un boitier de secours numérique …. Retrouver le chemin de la confiance … renoncer au tout control … au risque de devoir communiquer …. Ne plus s’enfermer dans un scaphandre de survie ouaté ….

Échanger … tendre une main vers l’inconnu …. Et accepter d’imaginer qu’une main peut-être se tendra vers cette main tendue. Accepter les aléas de la vie.

Et si le plus grand danger n’était pas les autres mais soi-même ?

Y a-t-il encore des réponses à trouver sur les traces d’Ella Maillart ?

Peut-être à des questions que je ne me pose même pas forcement ….

Essayer de retrouver Son Vrai Moi que notre quotidien parfois absurde nous fait délaisser !

Il est étrange pour moi en relisant certaines de mes notes, de ne plus savoir s’il s’agit des pensées d’Ella ou des miennes : « Toujours se mettre dans une spirale de souffrance comme si on ne s’autorisait pas la moindre éclaircie dans le ciel bleu brumeux et noir de ma vie » (Ella Maillart)

Paradoxe touchant entre l’exploit incroyable qu’elle réalise dans Oasis Interdit et son besoin permanent de se rendre utile et de justifier son existence.

© A. Hollmann (avec son aimable autorisation)

Les actus

Report en septembre

Mon projet de voyage au Kirghizstan sur les traces d’Ella Maillart est finalement repoussé du fait des restrictions liées au Covid-19. C’est donc seulement en septembre prochain que je me rendrais sur place. Du fait de ce départ repoussé, j’ai dû modifier mon tracé en raison des risques de neige. Nouvel itinéraire pour septembre 2020…

Trouver ……

Et si les réponses à toutes nos problématiques d’aujourd’hui se trouvaient à porter de main ? Ou si du moins nous étions obligés de les trouver à notre porte ….. Si aujourd’hui il n’était plus utile ni possible comme à l’époque des grands aventuriers de la première moitié du XX’ siècle de partir au bout du…

Partir ….

Chandolin fut pour Ella Maillart un point d’ancrage au retour de ses longues années passées en Inde. Son port d’attache durant la deuxième moitié de sa vie.  Pour moi Chandolin est le point de départ de mon voyage vers les chemins qu’elle parcourus il y a presque un siècle. Remonter le temps …. Faire le…